{"id":26,"date":"2017-01-04T17:46:07","date_gmt":"2017-01-04T16:46:07","guid":{"rendered":"http:\/\/www.gbollaert.eu\/emile-bollaert\/?page_id=26"},"modified":"2024-06-08T16:33:34","modified_gmt":"2024-06-08T14:33:34","slug":"chapitre-6-la-deportation","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/www.gbollaert.eu\/emile-bollaert\/chapitre-6-la-deportation\/","title":{"rendered":"Chapitre 6 :  La d\u00e9portation"},"content":{"rendered":"<p align=\"LEFT\"><strong>15 ao\u00fbt 1944<\/strong> : D\u00e9port\u00e9 au camp de concentration de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Buchenwald\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Buchenwald<\/a>, \u00e0 7 km de Weimar en Thuringe, <i>dans l&rsquo;avant-dernier convoi qui partit de la France vers l&rsquo;Allemagne avec environ 2200 prisonniers, dont 1654 hommes et 546 femmes, le dernier convoi partira le 17 ao\u00fbt avec 51 prisonniers juifs.<br \/>\n<\/i>Le trajet en wagons de marchandises (100 hommes par wagon) durera cinq jours sans aucune nourriture.<br \/>\n<em>Les Allemands ont utilis\u00e9 (et ensuite abandonn\u00e9) dans toute l&rsquo;Europe quantit\u00e9 de wagons fran\u00e7ais de marchandises. Les wagons fran\u00e7ais sont ais\u00e9ment reconnaissables par l&rsquo;inscription \u00ab\u00a0Hommes 40 Chevaux en long 8\u00a0\u00bb impos\u00e9e par un d\u00e9cret de 1874 pr\u00e9voyant une \u00e9ventuelle utilisation de ces wagons pour des transports de troupe.<\/em><br \/>\nPeu apr\u00e8s l&#8217;embarquement en gare de Pantin et avant le d\u00e9part du train, un membre de la Croix-Rouge distribue quelques brocs d&rsquo;eau. Pr\u00e8s de Luzancy, Seine-&amp;-Marne, le train s&rsquo;arr\u00eate, car le pont enjambant la Marne a \u00e9t\u00e9 d\u00e9truit par l&rsquo;aviation britannique. Les Allemands font descendre les d\u00e9port\u00e9s et les font aller \u00e0 pied jusqu&rsquo;\u00e0 la gare de Sa\u00e2cy-sur-Marne o\u00f9 un autre train les attend. A l&rsquo;arr\u00eat de Chalons-sur- Marne, la Croix-Rouge distribue de l&rsquo;eau plus g\u00e9n\u00e9reusement.<br \/>\nAu troisi\u00e8me jour de voyage, le train s&rsquo;immobilise dans un tunnel pendant plusieurs heures. La locomotive continuant de cracher des flots de fum\u00e9e, certains d\u00e9port\u00e9s meurent d&rsquo;asphyxie. Comme la sortie du tunnel est obstru\u00e9e suite \u00e0 un bombardement, le train est contraint de faire marche arri\u00e8re pour revenir \u00e0 l&rsquo;air libre. Alors, les feldgendarmes font descendre les d\u00e9port\u00e9s et les font contourner \u00e0 pied le coteau travers\u00e9 par le tunnel. Au del\u00e0 de l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 obstru\u00e9e, un autre train, identique au pr\u00e9c\u00e9dent, les attend.<br \/>\nLe train arrive le 19 ao\u00fbt avant minuit en gare de Weimar. Mais il attendra toute la nuit pour faire les sept kilom\u00e8tres qui s\u00e9parent la ville du camp de Buchenwald o\u00f9 il arrivera le dimanche 20 ao\u00fbt vers 9 heures. En effet, la voie \u00e9tait occup\u00e9e par un pr\u00e9c\u00e9dent convoi.<br \/>\nPendant ce long voyage, nombre de d\u00e9port\u00e9s succombent.<br \/>\nA l&rsquo;arriv\u00e9e au camp, chaque nouvel arrivant est d\u00e9pouill\u00e9 de ses v\u00eatements et de son alliance, ce qui est d\u00fbment consign\u00e9 sur une fiche d&rsquo;inventaire, puis les d\u00e9port\u00e9s sont douch\u00e9s et re\u00e7oivent leur uniforme de bagnard. Chacun doit coudre sur sa veste un morceau de tissu o\u00f9 est imprim\u00e9 son matricule (77127 pour \u00c9mile Bollaert), et un triangle rouge (d\u00e9port\u00e9 politique) avec la lettre F.<br \/>\nLa fiche d&rsquo;enregistrement d\u2019\u00c9mile Bollaert indique comme profession \u00ab\u00a0fonctionnaire, employ\u00e9 de banque\u00a0\u00bb, mais ne mentionne pas le mot \u00ab\u00a0pr\u00e9fet\u00a0\u00bb.<br \/>\n<i>Il est curieux de constater qu\u2019\u00c9mile Bollaert d\u00e9clare ici n&rsquo;avoir que trois enfants, alors qu&rsquo;il en a quatre. Peut-\u00eatre voulait-il ainsi cacher que son fils a\u00een\u00e9 Roland, r\u00e9fractaire au Service du Travail Obligatoire (STO), s&rsquo;\u00e9tait \u00e9vad\u00e9 de France\u00a0?<\/i><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-large wp-image-441\" src=\"https:\/\/www.gbollaert.eu\/emile-bollaert\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/buchenwald_admin-1024x715.jpg\" alt=\"\" width=\"660\" height=\"461\" srcset=\"https:\/\/www.gbollaert.eu\/emile-bollaert\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/buchenwald_admin-1024x715.jpg 1024w, https:\/\/www.gbollaert.eu\/emile-bollaert\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/buchenwald_admin-300x210.jpg 300w, https:\/\/www.gbollaert.eu\/emile-bollaert\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/buchenwald_admin-768x536.jpg 768w, https:\/\/www.gbollaert.eu\/emile-bollaert\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/buchenwald_admin.jpg 1025w\" sizes=\"auto, (max-width: 660px) 100vw, 660px\" \/><br \/>\n<small><em>20 ao\u00fbt 1944\u00a0: Fiche d&rsquo;enregistrement \u00e0 Buchenwald<\/em><\/small><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-442\" src=\"https:\/\/www.gbollaert.eu\/emile-bollaert\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/buchenwald_invent.jpg\" alt=\"\" width=\"983\" height=\"680\" srcset=\"https:\/\/www.gbollaert.eu\/emile-bollaert\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/buchenwald_invent.jpg 983w, https:\/\/www.gbollaert.eu\/emile-bollaert\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/buchenwald_invent-300x208.jpg 300w, https:\/\/www.gbollaert.eu\/emile-bollaert\/wp-content\/uploads\/2017\/02\/buchenwald_invent-768x531.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 983px) 100vw, 983px\" \/><br \/>\n<small><em>Inventaire d&rsquo;effets personnels<\/em><\/small><\/p>\n<p>Parmi les d\u00e9port\u00e9s pr\u00e9sents dans le camp, \u00c9mile Bollaert retrouve son ami Julien Cain, administrateur g\u00e9n\u00e9ral de la Biblioth\u00e8que Nationale.<br \/>\n<strong>24 ao\u00fbt 1944<\/strong>, peu avant midi : Un bombardement alli\u00e9 d\u00e9truit avec une remarquable pr\u00e9cision l&rsquo;usine d&rsquo;armement qui jouxte le camp, ainsi que le campement des SS, sans toucher le secteur des d\u00e9port\u00e9s. A cet instant, \u00c9mile Bollaert est \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Richard Pouzet, sous-pr\u00e9fet de Vitry-le-Fran\u00e7ois, et tous deux sont stup\u00e9faits de la soudainet\u00e9 et de la pr\u00e9cision de l&rsquo;op\u00e9ration.<br \/>\n<strong>3 septembre 1944<\/strong> : Transf\u00e9r\u00e9 au camp de concentration de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Camp_de_concentration_de_Dora\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Dora-Ellrich<\/a> (construction des missiles V1 et V2) au nord de Nordhausen en Thuringe, \u00e0 80 km de Weimar. Primitivement, le camp de Mittelbau-Dora avait le statut administratif de commando ext\u00e9rieur du camp de Buchenwald. Le 28 octobre 1944, il obtient le statut de camp de concentration ind\u00e9pendant. Il comprend 16 % de d\u00e9port\u00e9s fran\u00e7ais au recensement du 1\u00b0 novembre 1944.<\/p>\n<p><i> Les missiles V1 \u00e9taient pr\u00e9c\u00e9demment construits dans l&rsquo;usine de Peenem\u00fcnde (cr\u00e9\u00e9e en 1936 en Pom\u00e9ranie, sur la presqu&rsquo;\u00eele d&rsquo;Usedom dans la mer Baltique) d\u00e9pendant du camp de concentration de Ravensbr\u00fcck. Cette usine fut fortement endommag\u00e9e le 17 ao\u00fbt 1943 lorsque 596 avions britanniques l\u00e2ch\u00e8rent 1924 tonnes de bombes (op\u00e9ration Hydra). L&rsquo;am\u00e9nagement de l&rsquo;usine souterraine \u00ab Mittelbau \u00bb de Dora dans une ancienne carri\u00e8re de gypse fut entrepris d\u00e8s le 28 ao\u00fbt 1943. <\/i><i>Cette carri\u00e8re est compos\u00e9e de deux tunnels parall\u00e8les, larges de 9 m et hauts de 7 m, distants de 150 m, reli\u00e9s entre eux par 21 tunnels transversaux dont les dimensions (largeur 7 m, hauteur 5,5 m) sont suffisantes pour recevoir une double voie ferr\u00e9e.<\/i><\/p>\n<figure id=\"attachment_1569\" aria-describedby=\"caption-attachment-1569\" style=\"width: 604px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-1569 \" src=\"https:\/\/www.gbollaert.eu\/emile-bollaert\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/Tunnel_44-45a.jpg\" alt=\"\" width=\"604\" height=\"383\" srcset=\"https:\/\/www.gbollaert.eu\/emile-bollaert\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/Tunnel_44-45a.jpg 662w, https:\/\/www.gbollaert.eu\/emile-bollaert\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/Tunnel_44-45a-300x190.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 604px) 100vw, 604px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1569\" class=\"wp-caption-text\">Le tunnel de mai 1944 \u00e0 mars 1945 &#8211; illustration Revue M\u00e9moire Vivante n\u00b048 de la FMD<\/figcaption><\/figure>\n<p><i><br \/>\nLa production d\u00e9marra en janvier 1944. Le directeur technique de Peenem\u00fcnde, puis de Dora, est Wernher von Braun. Membre du parti nazi et lieutenant SS, il a toujours ni\u00e9 conna\u00eetre les conditions de vie et de travail de la main-d\u2019\u0153uvre de Dora, mais le contraire a \u00e9t\u00e9 prouv\u00e9 par de nombreux t\u00e9moignages. Hitler s&rsquo;\u00e9tait \u00e9tonn\u00e9 que la construction des missiles V1 et V2, prototypes de sa future force de frappe, f\u00fbt confi\u00e9e \u00e0 des \u00e9trangers susceptibles de commettre des actes de sabotage. Ce \u00e0 quoi Heinrich Himmler, chef supr\u00eame des SS, r\u00e9pondit : \u00ab Je ferai r\u00e9gner un tel climat de terreur qu&rsquo;il n&rsquo;y aura pas de sabotage \u00bb.<\/i><br \/>\n<i>Le V1 est un <\/i><i>missile de 2250 kg, dont 850 kg de charge utile, m\u00fb par un pulso-r\u00e9acteur \u00e0 ac\u00e9tyl\u00e8ne \u00e0 une vitesse de 670 km\/h, \u00e0 une altitude de 3000 m. Sa port\u00e9e est de 200 km avec une pr\u00e9cision de 12 km. Une minuterie pr\u00e9r\u00e9gl\u00e9e interrompt la progression horizontale et fait litt\u00e9ralement tomber l&rsquo;engin au sol. <\/i><i>Sur les 35.000 missiles V1 construits \u00e0 Peenem\u00fcnde et Dora : 17.500 ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9truits au sol par les bombardements alli\u00e9s, 9250 ont \u00e9t\u00e9 tir\u00e9s sur des rampes de lancement, 6550 ont \u00e9t\u00e9 tir\u00e9s \u00e0 partir d&rsquo;avions-porteurs Heinkel. Leur vitesse, analogue \u00e0 celle d&rsquo;un avion de chasse, et leur trajectoire rectiligne horizontale les rendaient vuln\u00e9rables : 1645 missiles V1 ont \u00e9t\u00e9 abattus en vol par les chasseurs de la Royal Air Force.<\/i><\/p>\n<figure id=\"attachment_1209\" aria-describedby=\"caption-attachment-1209\" style=\"width: 647px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-1209\" src=\"https:\/\/www.gbollaert.eu\/emile-bollaert\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/089.006a.jpg\" alt=\"\" width=\"647\" height=\"422\" srcset=\"https:\/\/www.gbollaert.eu\/emile-bollaert\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/089.006a.jpg 979w, https:\/\/www.gbollaert.eu\/emile-bollaert\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/089.006a-300x196.jpg 300w, https:\/\/www.gbollaert.eu\/emile-bollaert\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/089.006a-768x501.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 647px) 100vw, 647px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1209\" class=\"wp-caption-text\"><em>Assemblage de V1 dans un tunnel de Mittelbau<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<p><i><br \/>\n<\/i><i>A partir du 8 septembre 1944, les V1 ont \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9s par les V2. <\/i><i>Le V2 est une fus\u00e9e de 12.500 kg, dont 750 kg de charge utile, consommant de l&rsquo;\u00e9thanol et de l&rsquo;oxyg\u00e8ne liquide, se d\u00e9pla\u00e7ant \u00e0 une vitesse de 5400 km\/h (3,5 Mach) suivant une parabole culminant \u00e0 une altitude de 88 km, avec une port\u00e9e de 320 km et une pr\u00e9cision de 7 \u00e0 17 km. <\/i><i> <\/i><i>Sur les 4575 missiles V2 construits (20 par jour!), 3000 ont \u00e9t\u00e9s tir\u00e9s. <\/i><i>On peut constater que sa charge, sa port\u00e9e et sa pr\u00e9cision ne sont gu\u00e8re diff\u00e9rentes de celles du V1, mais son altitude et sa vitesse le rendent impr\u00e9visible et imparable. Ce fut donc surtout une arme psychologique. D&rsquo;un point de vue militaire, son efficacit\u00e9 \u00e9tait tr\u00e8s faible et certains historiens ont d\u00e9clar\u00e9 que ces missiles ont provoqu\u00e9 deux fois plus de morts de d\u00e9port\u00e9s lors de leur construction que de morts de civils britanniques lors de leur utilisation.<\/i><\/p>\n<p>Les d\u00e9port\u00e9s sont r\u00e9partis en \u00e9quipes (ou kommandos) charg\u00e9s de diff\u00e9rentes t\u00e2ches :<br \/>\n1) en dehors de l&rsquo;usine souterraine, des travaux de manutention, tr\u00e8s importants car les missiles arrivent en pi\u00e8ces d\u00e9tach\u00e9es de diff\u00e9rentes usines allemandes,<br \/>\n2) dans l&rsquo;usine souterraine, des travaux de montage. Pour que l&rsquo;usine fonctionne 24 heures sur 24, il est cr\u00e9\u00e9 des \u00e9quipes de jour et des \u00e9quipes de nuit,<br \/>\n3) des corv\u00e9es pour le fonctionnement et l&rsquo;entretien du camp.<\/p>\n<p align=\"LEFT\">Quant aux inaptes au travail, ils sont affect\u00e9s \u00e0 un kommando Nuit et Brouillard: On les fait monter dans des wagons qu&rsquo;on oublie une semaine sur une voie de garage. Au bout de quelques jours, ils sont tous morts de soif et de faim.<br \/>\n\u00c9mile Bollaert ne sera jamais affect\u00e9 \u00e0 des travaux de la deuxi\u00e8me cat\u00e9gorie, peut-\u00eatre parce qu&rsquo;il porte des lunettes.<br \/>\nLe <strong>5 septembre 1944<\/strong>, il est admis \u00e0 l&rsquo;infirmerie (Revier) du camp, en raison d&rsquo;une inflammation de son pied droit.<\/p>\n<p align=\"LEFT\">L&#8217;emploi du temps des d\u00e9port\u00e9s des cat\u00e9gories 1 et 3 est le suivant :<br \/>\nR\u00e9veil \u00e0 4h00. Toilette : 12 robinets pour 150 hommes. Puis, chacun ach\u00e8ve de se v\u00eatir. La paillasse est rapidement remu\u00e9e et rev\u00eatue de la couverture. Aller au r\u00e9fectoire : Les jours fastes, il y a trois morceaux de pommes de terre et quelques bribes de viande.<br \/>\nLe chef de table distribue \u00e0 chacun un quart de boule de pain, un b\u00e2tonnet de margarine et un morceau du plat du jour (confiture, saucisson, fromage, p\u00e2t\u00e9 ou un douzi\u00e8me de bo\u00eete de corned-beef). Les plus affam\u00e9s l&rsquo;entament s\u00e9ance tenante, les plus pr\u00e9voyants l&rsquo;enfouissent dans leur musette. Appel sur la grand&rsquo;place (une heure au minimum, trois heures et plus le dimanche). Puis, douze heures de travail avec une pause d&rsquo;une demi-heure pour le casse-cro\u00fbte. Enfin, retour au \u00ab\u00a0block\u00a0\u00bb et aussit\u00f4t couch\u00e9s, aussit\u00f4t endormis. Pendant toute la journ\u00e9e, les coups de matraque ne cessent jamais de pleuvoir, car les SS et les kapos ne sont jamais satisfaits.<br \/>\nLe Fr\u00e8re Birin des \u00c9coles Chr\u00e9tiennes, enregistr\u00e9 sous son vrai nom Alfred Untereiner et portant le matricule 43652, cache soigneusement son engagement religieux. Lorrain, il est parfaitement bilingue et pour cette raison, il est affect\u00e9 au secr\u00e9tariat du bureau des Statistiques du Travail. Il profite de sa position pour affecter les Fran\u00e7ais aux postes les moins p\u00e9nibles. L&rsquo;autre secr\u00e9taire, un Russe avec lequel il est en bons termes, en fait autant pour privil\u00e9gier ses compatriotes. Mais le bureau des Statistiques n&rsquo;est pas le seul \u00e0 distribuer des postes de faveur\u00a0: Tous les kapos, et autres petits chefs, le font pour montrer ou monnayer leur pouvoir relatif. Quand le nombre des postes de faveur devient trop visible, les SS organisent des \u00ab\u00a0transports\u00a0\u00bb vers des kommandos ext\u00e9rieurs, Osnabr\u00fcck par exemple, ou vers les sinistres kommandos Nuit et Brouillard. Ces transports sont organis\u00e9s tr\u00e8s rapidement, en une heure seulement, pour que les d\u00e9port\u00e9s d\u00e9sign\u00e9s n&rsquo;aient pas le temps de se faire attribuer une nouvelle affectation.<i><br \/>\n<\/i>Beaucoup de d\u00e9port\u00e9s, souvent plus jeunes qu\u2019\u00c9mile Bollaert, p\u00e9rissent par le travail excessif, les appels interminables, les incessants coups de matraque, les tortures, les pendaisons, le froid, la faim, le manque de sommeil, la maladie. Les corps sont envoy\u00e9s au four cr\u00e9matoire, ou en cas de surabondance d\u00e9vers\u00e9s dans des fosses communes.<\/p>\n<p>Le plus ignoble, c&rsquo;est que les SS parviennent \u00e0 dresser les d\u00e9tenus les uns contre les autres : Le proc\u00e9d\u00e9 le plus usit\u00e9 pour diviser les d\u00e9tenus est la d\u00e9signation de \u00ab\u00a0charg\u00e9s de fonction\u00a0\u00bb (petits responsables, secr\u00e9taires, infirmiers) jouissant de petites faveurs (nourriture, v\u00eatements, couchage). Certains appliquent les consignes avec z\u00e8le, voire avec sadisme, comme les sinistres Kapos, souvent porteurs du triangle vert des condamn\u00e9s de droit commun. D&rsquo;autres appliquent les consignes au minimum, tendant d&rsquo;adoucir le sort de leurs cod\u00e9tenus, avec tous les risques que cela comporte, mais ils sont incompris par la majorit\u00e9 des d\u00e9port\u00e9s qui les rendent responsables de toutes les consignes qu&rsquo;ils sont contraints d&rsquo;appliquer. Dans tous les cas, ces charg\u00e9s de fonction vivent dans la hantise d&rsquo;\u00eatre d\u00e9mis de leur fonction, car leur protection, toute relative, cesse aussit\u00f4t et ils sont expos\u00e9s \u00e0 la vindicte de leurs adversaires les plus farouches. Les cas de d\u00e9lation sont tr\u00e8s nombreux et entra\u00eenent des op\u00e9rations de r\u00e8glement de compte pouvant aller jusqu\u2019\u00e0 l&rsquo;assassinat entre d\u00e9tenus.<br \/>\n<i>Himmler lui-m\u00eame a d\u00e9clar\u00e9 en 1944 : \u00ab\u00a0Si un kapo est destitu\u00e9 et doit dormir de nouveau avec les autres d\u00e9tenus, il sait qu&rsquo;ils vont le tuer dans la premi\u00e8re nuit.\u00a0\u00bb<br \/>\n<\/i>Pour les SS, aucun probl\u00e8me, pas d&rsquo;enqu\u00eate inutile : Les saboteurs, ou pr\u00e9sum\u00e9s tels, sont pendus. Dans l&rsquo;usine souterraine, ils sont pendus au-dessus de leur poste de travail et restent l\u00e0 un ou deux jours, en guise d&rsquo;avertissement pour les d\u00e9port\u00e9s rempla\u00e7ants.<\/p>\n<p align=\"LEFT\">L\u2019id\u00e9e que les prisonniers d\u2019un camp de concentration pourraient \u00eatre pay\u00e9s pour leur travail para\u00eet \u00e9trange, mais c\u2019est en partie vrai : Des bons de prime et de l\u2019argent sp\u00e9cifique au camp ont une grande importance dans les chances de survie des prisonniers.<br \/>\nIl est utile de poss\u00e9der ce qu\u2019on appelle les \u00ab Pr\u00e4mienscheine \u00bb ou certificats de primes, avec lesquels on peut acheter des produits alimentaires ou des cigarettes au magasin du camp. A la base de ce syst\u00e8me de certificats, il y a une note du chef du centre de gestion \u00e9conomique de l\u2019administration SS, le g\u00e9n\u00e9ral SS Oswald Pohl. Des certificats de prime doivent \u00eatre remis aux prisonniers \u00ab <em>qui se distinguent par un bon rendement, de l\u2019ardeur et de l\u2019int\u00e9r\u00eat pour le travail. La constatation du rendement au travail incombe aux chefs d\u2019atelier, contrema\u00eetres, conducteurs de travaux etc. des services aupr\u00e8s desquels les prisonniers sont mis \u00e0 disposition, en accord avec le commandant du camp..\u00a0<\/em>\u00bb<br \/>\nDans le camp de concentration de Mittelbau, il a d&rsquo;abord \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 les certificats de prime de Buchenwald, puis \u00e0 partir de septembre 1944, des certificats \u00e9mis dans le camp de Mittelbau. Les r\u00e8gles pour la distribution des primes laissent beaucoup de libert\u00e9 aux chefs d\u2019\u00e9quipe dans les commandos ext\u00e9rieurs des camps, mais aussi aux prisonniers fonctionnels (doyens de camp, Kapos, contrema\u00eetres etc.) Ils d\u00e9cident de la date de distribution, des b\u00e9n\u00e9ficiaires et des marchandises pouvant \u00eatre acquises avec ces certificats de prime. Le d\u00e9port\u00e9 danois F.B. Larsen relate en d\u00e9tail le syst\u00e8me de distribution \u00e0 Osnabr\u00fcck : <em>\u00ab Les certificats de prime \u00e9taient souvent distribu\u00e9s le dimanche. D\u2019apr\u00e8s le r\u00e8glement, chaque homme devait \u00eatre pay\u00e9 pour le travail fourni. Ce paiement s\u2019effectuait sous forme de bons de 50 Pfennigs, 1 ou 2 Marks, selon la performance \u00e9valu\u00e9e par les Kapos et les grad\u00e9s. Il n\u2019\u00e9tait pas rare qu\u2019aucun de nous (les d\u00e9port\u00e9s Danois) ne soit r\u00e9compens\u00e9. La distribution concernait souvent plusieurs semaines. La remise se faisait de la mani\u00e8re suivante : On appelait le num\u00e9ro du b\u00e9n\u00e9ficiaire de la prime pour la premi\u00e8re semaine, ensuite l\u2019appel\u00e9 devait aller au wagon du doyen du camp, qui lui remettait le certificat de prime en main propre. Ceux qui n\u2019\u00e9taient pas appel\u00e9s devaient patienter debout, au froid. Une fois que tous les appel\u00e9s avaient re\u00e7u leur certificat de prime, on appelait les b\u00e9n\u00e9ficiaires pour la semaine suivante, et chaque appel\u00e9 devait se rendre chez le doyen du camp. Une fois, ce cauchemar avait dur\u00e9 tout l&rsquo;apr\u00e8s-midi d&rsquo;un dimanche de janvier. Ce fut un jour froid et triste pour les 6 ou 7 Danois dont les noms ne furent pas appel\u00e9s, car ce jour-l\u00e0 les bons \u00e9taient \u00e9chang\u00e9s contre du tabac, 10 cigarettes allemandes pour 1 Mark, ce qui n\u2019arrivait que tr\u00e8s rarement. Il y avait bien assez de tabac pour tous les bons de paiement, mais les SS, le doyen du camp et les Kapos s\u2018arrogeaient quelques avantages et pr\u00e9f\u00e9raient garder le tabac pour eux au lieu de nous le distribuer. Voil\u00e0 pourquoi l\u2019Allemagne hitl\u00e9rienne nous doit encore plusieurs centaines de Marks de tabac que nous n\u2019avons jamais re\u00e7us. \u00bb<br \/>\n<\/em>Il n\u2019est pas clairement \u00e9tabli que la prime atteigne son but originel d\u2019augmentation du rendement des prisonniers, puisque les performances exig\u00e9es d\u00e9passent d\u00e9j\u00e0 les possibilit\u00e9s physiques des prisonniers \u00e9puis\u00e9s.<br \/>\n\u00c9mile Bollaert a rapport\u00e9 un de ces billets internes. Il a \u00e9t\u00e9 imprim\u00e9, sur papier filigran\u00e9, par la soci\u00e9t\u00e9 Theodor M\u00fcller \u00e0 Nordhausen. Au verso de ce billet, figure la mention : \u00ab La garantie de ce billet est d\u00e9pos\u00e9e aupr\u00e8s de l&rsquo;administration centrale des cantines SS dans la zone du site Mittelbau. Toute falsification est passible de poursuites judiciaires. \u00bb En voici la photocopie :<\/p>\n<p align=\"LEFT\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-967\" src=\"https:\/\/www.gbollaert.eu\/emile-bollaert\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/markdora.jpg\" alt=\"\" width=\"1010\" height=\"390\" srcset=\"https:\/\/www.gbollaert.eu\/emile-bollaert\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/markdora.jpg 1010w, https:\/\/www.gbollaert.eu\/emile-bollaert\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/markdora-300x116.jpg 300w, https:\/\/www.gbollaert.eu\/emile-bollaert\/wp-content\/uploads\/2022\/07\/markdora-768x297.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1010px) 100vw, 1010px\" \/><small><em>Billet de banque interne du camp de Mittelbau, recto et verso<br \/>\n<\/em><\/small><\/p>\n<p align=\"LEFT\">A 54 ans, \u00c9mile Bollaert est affectueusement surnomm\u00e9 \u00ab le Vieux, l&rsquo;Ancien \u00bb. Ses camarades les plus proches sont le fonctionnaire des PTT Edmond Debeaumarch\u00e9, le Fr\u00e8re Alfred Birin, le comte Paul Chandon, le commandant De Michelis et Richard Pouzet.<br \/>\n<i>Edmond Debeaumarch\u00e9, charg\u00e9 de l&rsquo;entretien de l&rsquo;installation t\u00e9l\u00e9phonique du camp, est tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9 des SS, car il d\u00e9tecte et r\u00e9pare rapidement les pannes de t\u00e9l\u00e9phone (qu&rsquo;il a lui-m\u00eame provoqu\u00e9es). Il accomplit une prouesse incroyable\u00a0: il installe un micro clandestin dans le bureau du commandant du camp\u00a0!<br \/>\n<\/i>Le <strong>8 octobre 1944<\/strong>, \u00c9mile Bollaert est inscrit dans un kommando de 180 hommes envoy\u00e9s, d&rsquo;abord au camp annexe d&rsquo;Heringen (au sud-est de Nordhausen), puis \u00e0 Osnabr\u00fcck (en Basse-Saxe). Le Fr\u00e8re Alfred n&rsquo;en a connaissance qu&rsquo;au dernier moment. Il a juste le temps de serrer la main d\u2019\u00c9mile Bollaert et de lui adresser quelques paroles d&rsquo;encouragement.<br \/>\n<em>La 5\u00b0 brigade SS de construction ferroviaire a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e en mars 1944 \u00e0 Cologne <\/em><em>pour entretenir les voies ferr\u00e9es bombard\u00e9es et pour construire des pas de tir et des abris pour les V1 et V2. Elle a \u00e9t\u00e9 affect\u00e9e en juin 1944 \u00e0 Osnabr\u00fcck pour entretenir les voies ferr\u00e9es \u00e0 Heringen et Osnabr\u00fcck. Son effectif est de 470 hommes environ. A partir du 1\u00b0 octobre 1944, elle a employ\u00e9 des d\u00e9port\u00e9s de Mittelbau-Dora. <\/em><em>Osnabr\u00fcck \u00e9tant un noeud ferroviaire important, la gare et ses environs ont \u00e9t\u00e9, <\/em><em>depuis le 20 juin 1942, l&rsquo;objet de nombreux bombardements qui deviennent incessants \u00e0 partir d&rsquo;octobre 1944. La ville a enregistr\u00e9 2396 alertes a\u00e9riennes pendant toute la guerre. Mais 10 \u00e0 20 % des bombes alli\u00e9es n&rsquo;explosaient pas au sol. Dans ce cas, le d\u00e9gagement des bombes et l&rsquo;enl\u00e8vement des d\u00e9tonateurs, souvent endommag\u00e9s, \u00e9taient confi\u00e9s, de pr\u00e9f\u00e9rence, \u00e0 des d\u00e9port\u00e9s, avant que les d\u00e9mineurs de la Wehrmacht ne fassent exploser les bombes.<\/em><br \/>\nAu bout de quelques semaines, \u00c9mile Bollaert est d\u00e9clar\u00e9 inapte au travail et renvoy\u00e9 \u00e0 Dora avec 50 autres d\u00e9port\u00e9s. Nous avons dit plus haut qu&rsquo;\u00eatre d\u00e9clar\u00e9 inapte au travail signifiait \u00eatre bon pour le four cr\u00e9matoire. Il faut croire qu&rsquo;un ami inconnu lui a trouv\u00e9 rapidement une affectation salvatrice, car les registres de l&rsquo;infirmerie indiquent qu&rsquo;il y s\u00e9journe du <strong>2 d\u00e9cembre au 29 janvier<\/strong>. Ce ne pouvait \u00eatre le Fr\u00e8re Alfred, car entre-temps le malheureux avait \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 et envoy\u00e9 \u00e0 la prison (bunker) du camp. On imagine le r\u00e9gime \u00e9pouvantable que devaient endurer les h\u00f4tes du bunker.<br \/>\nA sa sortie de l&rsquo;infirmerie, il est affect\u00e9 \u00e0 un poste de faveur. Le bureau des Statistiques indique \u00ab\u00a0veilleur de nuit\u00a0\u00bb, mais il est difficile d&rsquo;imaginer ce que pouvait \u00eatre cette fonction dans un pareil environnement. Ce poste est moins fatigant et donne droit \u00e0 une alimentation plus abondante.<\/p>\n<p align=\"LEFT\">Devan\u00e7ant l&rsquo;arriv\u00e9e <strong>le 27 janvier 1945<\/strong> des troupes sovi\u00e9tiques \u00e0 Auschwitz (Sil\u00e9sie), les Allemands \u00e9vacuent courant janvier les 3000 derniers d\u00e9port\u00e9s de ce camp vers le camp de Dora. Ces d\u00e9port\u00e9s effectuent un voyage \u00e9pouvantable, \u00e0 pied sur une centaine de kilom\u00e8tres, puis en wagons d\u00e9couverts (en plein hiver) sans aucune nourriture. 1400 arrivent en f\u00e9vrier \u00e0 Dora dans un \u00e9tat si effrayant que la plupart d\u00e9c\u00e8dent dans les jours suivants.<br \/>\n<i>Parmi ces arrivants, figure une jeune fille de 17 ans Simone Jacob, devenue plus tard c\u00e9l\u00e8bre sous le nom de Simone Veil. Elle est affect\u00e9e \u00e0 la cuisine du camp.<br \/>\n<\/i><strong>25 mars<\/strong>, dimanche des Rameaux\u00a0: les bombardements alli\u00e9s s&rsquo;intensifient (la ville d&rsquo;Osnabr\u00fcck est pratiquement ras\u00e9e) et ceci remplit d&rsquo;esp\u00e9rance le c\u0153ur des d\u00e9port\u00e9s.<i><br \/>\n<\/i><strong>1er avril 1945<\/strong>, dimanche de P\u00e2ques : Pressentant l&rsquo;arriv\u00e9e proche des troupes alli\u00e9es, les Allemands d\u00e9truisent tous les plans des missiles ainsi que les appareils de pr\u00e9cision de l&rsquo;usine.<br \/>\n<strong>3 avril 1945<\/strong> : Un premier transfert de d\u00e9tenus est d\u00e9cid\u00e9, concernant surtout les d\u00e9tenus de la 2\u00b0 cat\u00e9gorie, suppos\u00e9s d\u00e9tenteurs de secrets de fabrication. Apr\u00e8s un voyage de onze jours en train comportant de nombreux retours en arri\u00e8re, dans des conditions tr\u00e8s \u00e9prouvantes (c&rsquo;est un euph\u00e9misme), les d\u00e9port\u00e9s arrivent le 14 avril \u00e0 Ravensbr\u00fcck en Brandebourg, \u00e0 80 km de Berlin, dans le camp de d\u00e9portation r\u00e9serv\u00e9 en majorit\u00e9 aux femmes. Richard Pouzet fait partie de ce convoi, mais non \u00c9mile Bollaert.<br \/>\n<strong>5 avril 1945<\/strong> : Faisant partie du deuxi\u00e8me transfert d&rsquo;\u00e9vacuation, \u00c9mile Bollaert est transf\u00e9r\u00e9, ainsi que 2251 d\u00e9port\u00e9s, au camp de d\u00e9portation de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Bergen-Belsen\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Bergen-Belsen<\/a><i> <\/i>en Basse-Saxe<i>. <\/i>Le voyage en train dure six jours, alors que les vivres distribu\u00e9s au d\u00e9part n&rsquo;\u00e9taient pr\u00e9vus que pour trois jours. Et l&rsquo;eau a vite manqu\u00e9.<br \/>\n<i>Sur ordre \u00e9crit d&rsquo;Himmler, il avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9 du pain empoisonn\u00e9 pour tous les d\u00e9port\u00e9s arrivant \u00e0 ce camp. Heureusement, ce pain n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 distribu\u00e9, le m\u00e9decin du camp, responsable de cette op\u00e9ration, ayant calcul\u00e9 que ce geste lui vaudrait l&rsquo;indulgence des Alli\u00e9s s&rsquo;il \u00e9tait fait prisonnier.<\/i><\/p>\n<p><i><\/i><strong>15 avril 1945<\/strong> : D\u00e9livr\u00e9 par la 11\u00b0 division blind\u00e9e (command\u00e9e par le g\u00e9n\u00e9ral George Roberts) de la 2\u00b0 arm\u00e9e britannique qui a pris possession du camp sans rencontrer la moindre r\u00e9sistance des SS, car ceux-ci, terroris\u00e9s par le typhus, avaient conclu un accord avec les Britanniques deux jours auparavant.<br \/>\nLes Britanniques d\u00e9couvrent 51.000 d\u00e9port\u00e9s encore vivants mais \u00e0 bout de forces, la plupart plus ou moins malades (une \u00e9pid\u00e9mie de typhus fait 500 morts par jour), et 7.000 cadavres \u00e9pars dans le camp. Les Britanniques ne savent pas comment r\u00e9agir et ils donnent aux d\u00e9port\u00e9s une nourriture trop abondante qui provoque de nouveaux d\u00e9c\u00e8s\u00a0!<i><br \/>\n<\/i>Pour assurer la gestion de cet enfer, les officiers britanniques demandent aux d\u00e9port\u00e9s de chaque nationalit\u00e9 d&rsquo;\u00e9lire un repr\u00e9sentant, puis ils demandent \u00e0 l&rsquo;ensemble des repr\u00e9sentants nationaux de d\u00e9signer un repr\u00e9sentant unique : Sur proposition du d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 russe, \u00c9mile Bollaert est d\u00e9sign\u00e9.<br \/>\n<em>Simone Veil a \u00e9crit, dans son livre \u00ab\u00a0Une vie\u00a0\u00bb publi\u00e9 en 2012 : \u00ab\u00a0Le g\u00e9n\u00e9ral George Roberts s&rsquo;est trouv\u00e9 tellement d\u00e9sempar\u00e9 qu&rsquo;assez vite, il a demand\u00e9 \u00e0 repartir se battre, plut\u00f4t que de s&rsquo;occuper d&rsquo;un camp o\u00f9 il ne disposait d&rsquo;aucun moyen.\u00a0\u00bb Il est surprenant qu\u2019\u00c9mile Bollaert qui, comme d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 de tous les d\u00e9port\u00e9s lib\u00e9r\u00e9s, devait \u00eatre au courant de cette d\u00e9marche, ne l&rsquo;ait jamais mentionn\u00e9e.<\/em><br \/>\nIl participe donc \u00e0 l&rsquo;organisation de l&rsquo;\u00e9vacuation du camp. Il est aid\u00e9 dans cette t\u00e2che par Antoine Mauduit qui lui sert d\u2019interpr\u00e8te aupr\u00e8s des officiers britanniques.<br \/>\n<i>Emile Bollaert avait rencontr\u00e9 le r\u00e9sistant Antoine Mauduit \u00e0 l&rsquo;infirmerie de Dora d\u00e9but septembre 1944, puis \u00e0 Osnabr\u00fcck en octobre. Antoine Mauduit ne reverra pas la France, car il meurt le 9 mai 1945 \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital de Sulingen et est enterr\u00e9 dans le cimeti\u00e8re de cette ville. Le 9 octobre 1949, son corps est transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Montmaur, Hautes-Alpes, et \u00c9mile Bollaert assiste \u00e0 ce transfert.<br \/>\n<\/i>Emile Bollaert, assumant scrupuleusement cette nouvelle responsabilit\u00e9, part parmi les derniers, le <strong>29 avril 1945<\/strong>.<br \/>\n<i>Seuls 18 % des d\u00e9port\u00e9s du convoi du 15 ao\u00fbt 1944 surv\u00e9curent.<\/p>\n<p><\/i><i>Le 2 mai 1945, \u00e0 Reutte, dans le Tyrol, Wernher von Braun se rend aux troupes am\u00e9ricaines qui l&rsquo;accueillent \u00e0 bras ouverts pour diriger leurs exp\u00e9ditions sur la lune. On peut supposer que von Braun pr\u00e9f\u00e8re se rendre aux Am\u00e9ricains plut\u00f4t que d&rsquo;\u00eatre captur\u00e9 par les Sovi\u00e9tiques qui le recherchent activement. Von Braun donne aux Am\u00e9ricains une liste de plusieurs centaines de techniciens avec qui il souhaite travailler.<\/i><\/p>\n<p><em>De m\u00eame, le gouvernement fran\u00e7ais a cr\u00e9\u00e9 en 1946, \u00e0 Vernon (Eure), un Laboratoire de Recherches Balistiques et A\u00e9rodynamiques (LRBA) pour faire travailler les scientifiques allemands faits prisonniers. Leurs familles les rejoignent en 1949 dans la cit\u00e9 de la Madeleine. Les scientifiques allemands, tous anciens nazis, ont d\u00e9plor\u00e9 que leur travail n&rsquo;ait jamais \u00e9t\u00e9 reconnu comme aux USA, alors qu&rsquo;ils ont con\u00e7u la fus\u00e9e-sonde V\u00e9ronique, le lanceur Diamant et le moteur Viking de la fus\u00e9e Ariane.<\/em><\/p>\n<pre><span style=\"font-size: small;\">R\u00e9f\u00e9rences :\n - le livre \"<a href=\"http:\/\/www.terreneffacepasleursvisages.com\/article-16-mois-de-bagne-buchenwald-dora-par-frere-birin-115039795.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">16 mois de bagne\u00a0: Buchenwlad - Dora<\/a>\"\u00a0 du Fr\u00e8re Alfred Birin, pr\u00e9fac\u00e9 par \u00c9mile Bollaert, \u00c9ditions Dautelle, Epernay, 1947\n - le livre \"<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cellule_114\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Cellule 114<\/a>\" de Charles Spitz, \u00c9ditions Le soutien par le livre, 1988\n - le livre \"<a href=\"https:\/\/www.wallstein-verlag.de\/9783835334199-konzentrationslager-auf-schienen.html\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Konzentrationslager auf Schienen<\/a>\" de Karl Kassenbrock, Editions Wallstein Verlag, G\u00f6ttingen, 2019\n<\/span><\/pre>\n<pre><span style=\"font-size: small;\">\u00a0<\/span><\/pre>\n<pre><span style=\"font-size: small;\">\u00a0<\/span><\/pre>\n<p style=\"text-align: center;\" align=\"LEFT\"><small><em>(mis \u00e0 jour en juin 2024)<\/em><\/small><br \/>\n<small><em><a href=\"\/emile-bollaert\/chapitre-7-retour-en-france-reprise-du-travail\">-&gt; Chapitre 7 : Retour en France, reprise du travail<\/a><\/em><\/small><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>15 ao\u00fbt 1944 : D\u00e9port\u00e9 au camp de concentration de Buchenwald, \u00e0 7 km de Weimar en Thuringe, dans l&rsquo;avant-dernier convoi qui partit de la France vers l&rsquo;Allemagne avec environ 2200 prisonniers, dont 1654 hommes et 546 femmes, le dernier convoi partira le 17 ao\u00fbt avec 51 prisonniers juifs. 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